La question de savoir comment certaines personnes maintiennent une santé mentale et physique optimale jusqu’à 80, 90 ans et au-delà n’est pas seulement une question de chance. Il s’agit d’un domaine de recherche scientifique en pleine croissance, révélant que le vieillissement exceptionnel n’est pas aléatoire, mais influencé par une interaction complexe entre la génétique, le mode de vie et la résilience. Des chercheurs d’institutions comme l’Université de Chicago étudient désormais les « super-âges » – des individus dont les performances cognitives rivalisent avec celles de personnes plusieurs décennies plus jeunes – pour comprendre ce qui les différencie.
Le profil Super-Ager : bien plus que de bons gènes
La SuperAging Research Initiative définit les super-âges comme les personnes de plus de 80 ans dont la fonction de mémoire est comparable à celle des personnes de 50 à 60 ans. Ce n’est pas auto-déclaré ; il est vérifié par des tests cognitifs rigoureux, des scintigraphies cérébrales et des analyses génétiques. Actuellement, environ 400 super-âges sont inscrits à des études partout en Amérique du Nord.
Pourquoi est-ce important ? L’espérance de vie mondiale augmente. Le Royaume-Uni prévoit désormais que les garçons nés en 2023 vivront en moyenne jusqu’à 86,7 ans et les filles jusqu’à 90 ans, avec un pourcentage croissant atteignant 100 ans. L’attention se déplace de la simple durée de vie à la durée de vie – la période de vie passée en bonne santé. Comprendre comment les super-âges y parviennent pourrait débloquer des stratégies pour la population en général.
Les piliers du vieillissement exceptionnel : une approche multifacette
La recherche ne vise pas à trouver une seule « solution miracle », mais à identifier la façon dont divers facteurs interagissent. L’Initiative SuperAging intègre des données sur la structure cérébrale, la génétique, le mode de vie (régime alimentaire, exercice, engagement social) et les antécédents médicaux. Les premiers résultats suggèrent des points communs clés :
- Engagement cognitif : les super-âges mettent activement leur esprit au défi grâce à des activités telles que des énigmes, l’acquisition de nouvelles compétences et le maintien de liens sociaux. Lajuana Weathers, 89 ans, illustre cela en continuant à suivre des cours éducatifs et en s’adonnant à des puzzles de mots.
- Activité physique : Un mouvement constant, même à un niveau modéré, est crucial. Ralph Rehbock, 91 ans, reste actif grâce à la recherche sur l’histoire familiale, à la marche et aux puzzles. Ina Koolhaas Revers, une haltérophile de 78 ans, démontre qu’un entraînement de haute intensité peut maintenir une force et une masse musculaire exceptionnelles.
- Connexion sociale : Des relations solides et une implication communautaire semblent protéger contre le déclin cognitif. L’implication de Rehbock dans le Musée de l’Holocauste de l’Illinois et dans un groupe social de retraités en est une illustration.
- Résilience et état d’esprit : une attitude positive, un objectif et la capacité de s’adapter au changement semblent essentiels. Weathers décrit son approche comme une attitude de « compter mes bénédictions », choisissant activement le bonheur.
Structure cérébrale : la principale différence biologique
Les examens IRM révèlent que le cerveau des personnes âgées présente un amincissement minime du cortex, la couche externe responsable de la cognition, par rapport aux personnes âgées moyennes. Leur région cingulaire antérieure, vitale pour l’attention et la mémoire, est encore plus épaisse que celle des 50 à 60 ans. Cela suggère une résistance biologique au déclin cognitif lié à l’âge.
Au-delà de la génétique : le mode de vie comme puissant modificateur
Même si la génétique joue un rôle, le mode de vie semble être un facteur important. Hans Smeets, marathonien de 78 ans, démontre que des décennies d’entraînement d’endurance peuvent maintenir une VO2 max comparable à celle d’athlètes beaucoup plus jeunes. Des chercheurs de l’Université de Maastricht ont découvert que la consommation d’oxygène de Smeets se situait dans le 75e centile des hommes âgés de 20 à 29 ans.
L’avenir de la recherche sur la longévité
L’objectif n’est pas seulement d’étudier les super-âges, mais de traduire leurs avantages en interventions auprès de la population au sens large. Les chercheurs étudient comment reproduire les facteurs de protection, depuis l’encouragement de l’engagement cognitif jusqu’à la promotion de l’activité physique tout au long de la vie, afin d’améliorer la santé de chacun.
Un vieillissement exceptionnel ne consiste pas à éviter le déclin ; il s’agit de maximiser la résilience, de maintenir l’engagement et de façonner activement un avenir sain, même dans les dernières années de la vie.
Les recherches en cours soulignent que la longévité ne consiste pas seulement à vivre plus longtemps, mais à vivre bien plus longtemps. Les super-âges fournissent un modèle sur la façon d’y parvenir.
